Expat’ (s’il vous reste un pays)

On pourrait discuter avec fantaisie ou sérieux de ce qu’il adviendrait de tous ces Belges du bout du monde expatriés, souvent pour raisons professionnelles, si la Belgique devait disparaître. Combien de temps seraient-ils apatrides avant qu’une annexion ou une déclaration d’indépendance renouvelée ne leur redonne une patrie? Et s’ils se trouvaient surpris par la disparition de la Belgique alors qu’ils sont en transit dans un aéroport quelconque…? Condamnés au camping dans un terminal d’aéroport, comme dans un certain film?

On notera que le film en question, dans lequel Tom Hanks interprète un infortuné voyageur de l’est, est basé sur une histoire vraie: celle d’un immigré iranien, Mehran Karimi Nasseri, qui déambula en Europe, se voyant refuser l’entrée de quelques pays l’un après l’autre. Ironiquement, on notera également que c’est la Belgique qui finira par l’accueillir, en 1980, pour quelques années.. et ce fut encore autour de la Belgique qu’un second quiproquo sur son status l’amènena à camper quelques années dans un aéroport français… Sa situation administrative ne se stabilisa que bien plus tard, et entretemps, c’est sa raison qui semble l’avoir abandonné.

Mélange de situations individuelles (au pluriel) et de phénomène social (au singulier), l’expatriation prend toutes sortes de formes. Par exemple, les anglais qui s’installent en Dordogne. Dans son projet photographique Another Country, Rip Hopkins s’intéresse à ses compatriotes qui ont franchi la Manche pour ne plus repartir. Dans l’intéressante préface à son propre travail Rip Hopkins entremêle son propre parcours et sur celui des personnes qu’il a photographiées. Et sur la raison pour laquelle la Dordogne a attiré tant d’anglais, il avance une explication pratique et amusante:

Officially, there are 10,000 British living in the Dordogne, but 30,000 would be closer to the truth. No one is obliged to say that they are there. Ribérac and its environs form one of the densest areas of British settlement in France. Ten kilometres further north, the percentage of British living in the canton of Verteillac is higher than that in any other territory outside the UK. The reason for this is simple: if you drive down from Britain, Ribérac is one of the furthest points south into France that can be reached before nightfall.

Entre still life (nature morte!) et mise en scène photographique, Rip Hopkins nous offre quelques 68 portraits d’individus, de couples, de familles, et autant de regards sur leur réalité d’expatrié, avec quelques mots… Singulier et pluriel.

Another Country, Rip Hopkins

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Un commentaire

  1. Le 3 janvier 2011 à 00:38 | Permalien

    Et une autre année de passée pour les belges! Tenez bon, un peuple sans pays, c’est pas folichon, et ça fait des dégats.

    Mais je prends mon clavier pour tout autre chose ; pour partager une petite histoire :

    Dans une vie antérieure, j’ai croisé un apatride qui avait été serbe dans sa prime jeunesse, mais qui était devenu paranoïaque et qui errait dans un hotel parisien aux frais d’une propriétaire généreuse, son de vodka au café à la main : en aucun cas, il aurait voulu avoir une nationalité, au cas où « on » puisse le pister…

    Je trouvais ça très mystérieux et romantique!