Mémoire d’une langue

Depuis la sortie de mon jeu vidéo préféré du moment, j’y ai joué 113 heures. Sur les quatorze semaines depuis la sortie, et en enlevant mes semaines de vacances à l’étranger, cela représente une moyenne de 90 minutes par jour. Je me débrouille pas trop mal dans le jeu, et après 113h, je connais bien la plupart des cartes, des options et des possibilités. J’ai développé plusieurs stratégies bien rodées. Le tout me permet d’être un joueur dans la moyenne, et de continuer à progresser.

Graphique de la progression dans un jeu vidéo

Le plus frappant est que cet apprentissage s’est fait sans effort, naturellement. Vraiment? Cela n’a pas été sans revers, sans cap à franchir. Les débuts sont difficiles, on est perdu, tout le monde autour semble se débrouiller mieux et connaître déjà toutes les ficelles. On perd beaucoup. On perd la plupart du temps, au début. Mais cela reste un jeu. Cela reste une activité ludique, toujours agréable et stimulante. Jamais pendant ces quatorze semaines, ou avant chacune de ces 90 minutes journalières, je ne me suis dit: « Allez, il faut y aller.. Je n’ai pas envie mais c’est indispensable, pour progresser [vers un objectif quelconque]. »

Pourquoi ne puis-je pas tout apprendre de la sorte?

En Allemagne depuis près de cinq ans, je ne parle pas allemand comme je le devrais. J’ai pris des cours, au début, puis ai abandonné pendant un surplus de travail au bureau. J’ai acheté livres, méthodes, CD pour la voiture… mais rien n’y fait, je n’ai pas le niveau et l’aisance que je devrais selon moi avoir. Et c’est un constat qui en quelque sorte me reste en travers de la gorge.

Apprendre une langue, et l’allemand en particulier, demande des efforts, une étude régulière, une assiduité, toutes choses qui ne me viennent pas naturellement. C’est une véritable épreuve que de me convaincre de m’asseoir à table, avec mes livres, ou de tenter de déchiffrer un article de journal. Je n’ai pas assez de vocabulaire pour rendre la lecture un tant soit peu fluide. Et pourtant, ma raison me dit qu’il serait dommage de quitter l’Allemagne sans avoir appris cette langue que je trouve belle. Mais le coeur n’y est pas…

J’ai lu récemment que la secret du bonheur (ni plus ni moins!) était non pas dans le fait de choisir des objectifs à atteindre susceptibles de nous rendre heureux, mais de choisir des méthodes, des manières de cheminer, qui nous rendent heureux (l’objectif étant en quelque sorte secondaire!). J’ai réalisé que le plaisir ne venait pas simplement de ma progression dans le jeu vidéo, mais du fait de jouer lui-même. Dès lors, je trouvais sans difficulté 90 minutes par jour pour cette activité, sans même m’en rendre compte. Et les progrès suivaient, comme un bonus.

Il ne me restait plus qu’une chose à faire…

Trouver un moyen ludique d’apprendre l’allemand!

Mes premières recherches furent infructueuses: tout ce que je trouvais (sur internet) n’étaient que de courts quizz sans vie, dimension ludique ou pédagogie. Je pourrais résumer comme suit: il ne suffit pas de combiner quelques questions à choix multiple pour obtenir un jeu!

Quelques semaines plus tard un collègue et ami m’a fait découvrir le site web memrise (http://www.memrise.com). De quoi s’agit-il? D’un site web et d’un système qui vous aide à apprendre, mémoriser, et ensuite rafraîchir votre vocabulaire, dans des dizaines de langues différentes. Le site est principalement alimenté par la communauté d’utilisateurs puisque chacun peut non seulement ajouter des mems pour faciliter la mémorisation (moyens mnémotechniques), mais également ajouter des listes entières de vocabulaire, voire ajouter une langue qui ne serait pas encore représentée sur le site.

L’un des atouts du site est qu’une fois votre profil créé, votre progression est suivie de près et le site vous suggère régulièrement d’apprendre de nouveaux mots (planter de nouvelles graines, dans la métaphore qui sous-tend le moteur d’apprentissage), de parfaire la mémorisation des mots récemment appris (les faire pousser) et, après un délai savamment calculé par les spécialistes de la mémoire et de l’apprentissage qui ont fabriqué memrise, de les transférer en mémoire à long-terme, où vous n’aurez plus qu’à les rafraîchir de temps en temps (les arroser).

Fleur sauvage, en Thaïlande

L’interface est simple mais efficace, et le site combine visualisation des mots, mems divers et variés fournis par les utilisateurs et soumis à leur vote, fichiers audios et vérification de votre orthographe… Ajoutez une comptabilisation sous forme de points, quelques statistiques sur votre progression journalière, hebdomadaire, … une vue sur le futur de votre progression, et la possibilité de vous comparer à vos amis ou simplement à ceux qui ont commencé à étudier en même temps que vous… Memrise offre un bel ensemble de fonctions, le tout pour pas un sou, en tous cas pour l’instant (il s’agit bel et bien d’une start-up, donc on pourrait voir surgir un service payant dans le futur). Enfin, memrise engage en ce moment des développeurs iOS, donc une application pour iPhone/iPad est sans doute en préparation.

Et vous savez quoi? Cela marche. En une semaine, sans effort conscient, et en fréquentant le site 10 minutes par-ici, 10 minutes par-là, j’ai appris plus de vocabulaire qu’en plusieurs mois. La conjugaison et les phrases simples suivront… La combinaison de l’aspect ludique, d’un solide moteur pédagogique et du suivi totalement personnalisé me conviennent totalement, et conviennent sans doute à beaucoup d’autres personnes. Je suis très enthousiaste et c’est pourquoi je voulais partager cette découverte ici…

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